Les femmes meilleures que les hommes dans l’apprentissage des langues ?

« Les femmes sont littéraires, et les hommes mathématiques »,
« Les femmes ont de meilleures aptitudes en communication que les hommes »,
« Les femmes sont plus douées que les hommes pour le langage »…

La lecture de ces idées reçues ne vous surprend peut-être pas, dans le sens où ce sont des choses que nous avons l’habitude d’entendre, soyons honnêtes. Et il existe une MULTITUDE d’idées reçues, voire de stéréotypes, qui mettent l’accent sur les différences entre les femmes et les hommes, différences intellectuelles qui plus est. Aussi dans l’apprentissage des langues, domaine qui nous intéresse particulièrement. 

Mais que se cache réellement derrière tous ces stéréotypes ? Car si nous avons l’habitude d’entendre qu’une part de vérité se cache derrière toutes les blagues : pouvons-nous dire qu’une part de vérité se cache derrière tout stéréotype sur les différences hommes/femmes ?
Le sexe détermine-t-il vraiment notre capacité à apprendre une nouvelle langue ? Et les femmes sont-elles vraiment meilleures en langues que les hommes ?
C’est ce que nous avons cherché à comprendre pour le jour de fête internationale de la Femme (avec un grand F). 

FR - Woman and languages Image (2)

Les femmes et les langues étrangères, une vieille histoire… d’éducation

Il faut savoir que la relation qui existe entre les femmes et les langues vivantes est une histoire de longue date. Car si l’on fait un petit retour en arrière, ou juste de quelques années, on se rend compte que l’apprentissage des langues étrangères était un élément fondamental dans l’éducation des jeunes bourgeoises*. « Jeunes bourgeoises » car, oui, je parle d’une époque lors de laquelle l’éducation n’était réservée qu’à une élite, au 19ème siècle plus exactement. Pour reprendre les mots de Rebecca Rogers*, « en 1789, l’étude de l’anglais et de l’italien (était) préconisée car ces deux langues sont susceptibles de développer la raison des femmes ».  Les jeunes filles devaient au moins y passer une heure par jour soit un quart du temps consacré à leur instruction. Et la « modeste occupation de traducteur » était celle qui convenait le mieux aux femmes (selon Necker de Saussure). Les langues vivantes faisaient clairement parties de l’éducation de ces jeunes bourgeoises.
Pourquoi ? Parce que cet apprentissage était perçu par Necker de Saussure comme une façon de cultiver l' »intelligence dans son ensemble ».

L’intelligence dans son ensemble. Oui, peut-être… mais rien n’est dit pour autant concernant les capacités des femmes à apprendre ces langues (sujet qui nous intéresse aujourd’hui, je le rappelle).

 

Et ça continue : le phénomène de la femme polyglotte !

Aujourd’hui, le phénomène s’est précisé. Les femmes continuent à apprendre les langues, mieux, elles sont sur-représentées dans certaines filières dites plus littéraires : sur 95 540 étudiants en lettres et sciences du langage, 70,1 % sont des femmes. Sur 110 813 étudiants en langues, 74,1 % sont des femmes. Sur 7 286 étudiants en plurilettres, langues et sciences humaines, 74 % sont des femmes.
Selon le même auteur, Rebecca Rogers, « les langues vivantes est la discipline la plus féminisée dans l’enseignement secondaire public ». Après, de là à savoir si cette grande présence féminine dans les filières linguistiques est due à nos capacités intellectuelles dans ce domaine, un héritage ou, tout simplement, une histoire de goût… rien ne nous le dit encore vraiment.

 

By: Jirka Matousek La fac de langues : une filière féminine ?

Dans les années 1930, un débat sur les aptitudes féminines et masculines dans les langues s’est pas mal développé. La Revue Universitaire avait envoyé un questionnaire aux professeurs de l’enseignement supérieur et secondaire pour justement avoir un avis sur la question (à savoir qui des hommes ou des femmes ont les meilleures capacités pour apprendre les langues). Jeanne Crouzet Ben Aben, responsable de la Revue Universitaire, a fait un rapport de ces questions… sans succès. Car malheureusement, aucune réponse précise et claire n’a pû être énoncée. Pour reprendre ses mots, « les opinions divergent sur l’égalité dans l’intelligence des garçons et des filles ».
Un professeur d’espagnol interrogé a cependant glissé son idée sur la question (attention, je ne fais que reprendre ses mots). Il affirmait être étonné du grand nombre de filles présentes dans les Licences de langues. Pour autant, il n’a pas su « démêler si ce goût pour les langues (…) était dû plutôt à une facilité réelle qu’à un désir de compenser à tout prix une infériorité en sciences, infériorité qui, d’après leurs aveux, elles considèrent comme un apanage de leur sexe« . Merci Monsieur le Professeur. Pour la réflexion sur les capacités intellectuelles des femmes, il repassera.

Judith Meyer, polyglotte passionnée

Judith Meyer organise tous les ans le Polyglot Gathering où notre Luca animera une conférence sur l’apprentissage du vocabulaire (en mai).

Histoire de goût, de volonté de compenser une infériorité en sciences (hum), d’héritage ou aptitudes naturelles… peu importe. Le fait est que le phénomène des femmes polyglottes n’est pas nouveau. Et il est aujourd’hui encore bien présent. Des (grandes) femmes telles que Ellen Jovin, passionnée par les langues et polyglotte avec pas moins de 20 langues à son actif ou encore Judith Meyer, auteure, spécialiste des langues et aussi hyper-polyglotte (13 langues !), en sont la preuve.

 

Mesdames, pourquoi apprenez-vous à parler anglais ? MosaLingua teste ses lecteurs…

C’est dire si le débat nous intéresse, MosaLingua a fait sa propre petite enquête auprès de ses utilisateurs pour comprendre quelles étaient leurs motivations à apprendre ou encore quels problèmes ils rencontraient lors de l’apprentissage des langues (histoire de faire plus ample connaissance). Et, selon ce sondage,

  • 37 % des femmes utilisent MosaLingua plusieurs fois par jour face à 30 % des hommes (ce qui est pas mal aussi hein, soyons honnêtes)
  • les femmes apprennent majoritairement les langues pour le plaisir d’apprendre (à 62 %), pour le fun et les voyages (à 70 %) ou encore pour leur développement personnel (à 77 %) tandis que les hommes apprennent plus majoritairement les langues pour le travail (à 45 % face à 22 % pour les femmes) et pour l’école (à 10 % face à 7 %).
    A noter : si je devais faire une conclusion hâtive, je dirais que les femmes apprennent pour elles-mêmes tandis que les hommes apprennent par « obligation » mais ce serait vraiment une conclusion hâtive.

Résultats-sondage-MosaLingua

Les femmes meilleures que les hommes dans l’apprentissage des langues…
ou simplement différentes ?

Alors voilà, tout ceci est bien beau, mais qu’en est-il vraiment de nos aptitudes.
Si l’on en croit le classement annuel EPI de l’EF*, les femmes seraient meilleures en anglais que les hommes en France, avec un résultat de 52,23 face à 51,44 pour les hommes, mais aussi en Europe (56,56 face à 54,74) et dans le Monde (53,40 face à 52,08).

Les femmes, meilleures dans l'apprentissage des langues que les hommes

Etude EPI EF, 2015

Et croyez-le ou non mais le sujet passionne (pas que MosaLingua). Beaucoup de chercheurs et de linguistes se sont penchés sur la question. Et pour la majorité d’entre eux, ce n’est pas véritablement le sexe qui est révélateur de nos capacités à apprendre une nouvelle langue mais tout simplement l’environnement social et culturel des apprenants. Même si le classement EPI fait état des femmes, meilleures en anglais que les hommes, ce que nous avons retenu nous, ce sont surtout des méthodes d’apprentissage différentes. Oui, lorsqu’on creuse un peu la question, et que l’on regarde ce qu’il se passe du côté des études des linguistes, on se rend compte qu’hommes et femmes ne travaillent tout simplement pas de la même façon. Deux études méritent donc d’être soulignées en ce sens.

By: Internet Archive Book Images
Apprentissage des langues : étude sur le cerveau humain… des hommes et des femmes.

La première date de février 1995. Un chercheur américain a utilisé l’imagerie médicale pour observer le cerveau de 19 femmes et de 19 hommes lorsque ceux-ci sont soumis à des tests de langage : orthographe, sémantique, prononciation… Le résultat ? Les hommes font surtout appel à la zone gauche de leur cerveau, zone rattachée au processus linguistique (cela va de soi). Les femmes elles utilisent les deux hémisphères de leur cerveau. Leur cerveau travaille plus, et fait plus de connections donc… mais pour autant, aucune différence n’a été notée concernant les performances des hommes et les performances des femmes au cours de ce test. Autrement dit : nous utilisons notre cerveau différemment, oui, mais pour arriver au même résultat. C’est juste la manière de faire qui diffère.

De la même façon, la deuxième étude montre également une différente façon d’apprendre mais plus au niveau des outils utilisés. En effet, selon le journal international et universitaire Porta Linguarum, des études menées en Europe, en Asie de l’est et en Amérique Latine ont toutes mené à la même conclusion : les femmes, pour apprendre une langue, utilisent différents éléments d’apprentissage tels que la lecture ou l’écriture, et différents éléments de langage tels que le vocabulaire, la prononciation… Les hommes, eux, se limitent le plus souvent à une seule méthode, un seul outil.

 

Ces études prouvent-elles que les femmes sont plus douées en langues que les hommes ? prouvent-elles des différences d’aptitudes intellectuelles entre les hommes et les femmes ? Et bien non.
Elles prouvent simplement que les hommes et les femmes fonctionnent différemment… même quand il s’agit d’apprentissage. Alors oui, les femmes sont plus nombreuses dans les filières littéraires et linguistiques à l’Université. Mais ceci montre peut-être aussi que les hommes et les femmes ont des goûts, des envies et des ambitions professionnelles qui diffèrent. Et nous avons évoqué le phénomène des femmes polyglottes… comme nous aurions pu évoquer le phénomène des hommes polyglottes ! Nous restons bel et bien égaux, en termes de classement, dans l’apprentissage des langues – et pour autant différents dans notre fonctionnement. La guerre des sexes n’est plus déclarée.

 

*Les femmes dans l’enseignement des langues vivantes : éléments pour une histoire à construire, par Rebecca Rogers. Université de Marc Bloch, Strasbourg.
*Etude INSEE, 2014, « Etudiants inscrits en Université par discipline ».
* EF EPI, Indice de compétence en anglais EF 2015 

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