Alphabet japonais et sinogrammes : romaji et kanji

Bienvenue dans la troisième et dernière partie de ce dossier consacré à l’écriture japonaise. Après avoir posé les bases et après avoir parlé des kanas (hiraganas et katakanas), il nous reste maintenant à voir deux autres systèmes d’écriture, à savoir les romajis, l’alphabet japonais, et les kanjis, les caractères venus de Chine. Si la première catégorie ne pose aucune difficulté (il s’agit de notre alphabet latin), la seconde en revanche représente un obstacle de taille pour tout étudiant du japonais. Comment mémoriser ces milliers de caractères tous aussi exotiques les uns que les autres ? Nous le verrons, il est possible de les apprendre pas à pas sans s’arracher les cheveux.

Alphabet japonais et sinogrammes : romaji et kanji

Les romajis, l’alphabet japonais basé sur l’alphabet latin

Leur histoire : ouvrir le Japon à l’Occident

Les romajis, ou rōmaji (ローマ字, « lettres romaines ») sont tout simplement les caractères de l’alphabet latin adaptés au japonais : une sorte d’alphabet japonais, tout comme nous avons un alphabet français dérivé de l’alphabet latin. L’origine des romajis est plus lointaine que ce qu’on imagine parfois : la première tentative de transcription du japonais en alphabet latin remonte en réalité au XVIe siècle, avec les premiers contacts entre le Japon et le Portugal. Ce sont en particulier les jésuites qui adaptent le japonais à l’orthographe portugaise afin d’évangéliser la population locale.

Du XVIIe au XIXe siècle, soit pendant près de trois siècles, le Japon se ferme au monde extérieur sous le shogunat Tokugawa (1603-1867). Durant cette période, seuls les Néerlandais sont autorisés à commercer avec les Japonais et sont confinés dans la petite île artificielle de Dejima, dans la baie de Nagasaki. L’Archipel n’a alors plus besoin de se constituer un alphabet japonais compréhensible par les Occidentaux, puisque les échanges culturels ne se font désormais plus que dans un sens : bien que fermé, le Japon continue à se renseigner sur l’Europe au travers des fameuses « Études hollandaises » (蘭学, rangaku).

Après l’expédition menée par le commodore américain Matthew Perry et surtout durant l’ère Meiji (1868-1912), le Japon s’ouvre à nouveau au monde extérieur. Transcrire le japonais redevient une nécessité pour les Occidentaux.
En 1887, le missionnaire américain James Curtis Hepburn publie la troisième édition de son dictionnaire anglais-japonais, dans lequel il propose sa propre méthode de transcription, qui sera par la suite nommée méthode Hepburn. C’est aujourd’hui la méthode de romanisation la plus utilisée au monde, même si la transcription officiellement utilisée par le Japon est la méthode Kunrei.

Pour l’anecdote, jusqu’au milieu du XXe siècle, certains réformateurs ont tenté d’abolir l’usage des kanjis et mêmes de passer à l’unique usage des romajis. Le principal argument avancé était celui de la lourdeur et de l’archaïsme des caractères chinois, là où un alphabet japonais proche de celui des puissances occidentales aurait constitué un avantage du point de vue de l’éducation. De tels courants sont aujourd’hui minoritaires.

Comment utiliser les romajis

Nous n’entrerons pas dans les détails de l’écriture des romajis dans la mesure où, en tant qu’étranger, vous aurez surtout besoin d’écrire le japonais dans son écriture locale.
L’usage majeur que vous ferez des romajis est sans aucun doute le wāpuro rōmaji (ワープロ・ローマ字), qui vous permettra d’écrire le japonais depuis un clavier occidental au format QWERTY. Le principe est simple : vous tapez votre mot en alphabet japonais et le logiciel se charge de le transcrire en kanas ou en kanjis. Je vous invite dès à présent à installer un tel clavier sur votre ordinateur et votre téléphone et à vous les joies de l’écriture japonaise !

Vous vous rendrez vite compte que ce n’est pas bien compliqué, même si certaines subtilités demandent un peu d’habitude. Par exemple, pour entrer le hiragana ん, il faut appuyer deux fois sur la touche n.

Les kanjis, LE gros morceau de l’écriture japonaise

Les kanjis (漢字), dérivés de l’écriture chinoise, ont de quoi faire peur, autant par leur exotisme que par leur nombre : la liste officielle des Jōyō kanji en compte pas moins de 2136 !

Bon, au-delà de l’aspect sensationnaliste (« Le japonais est impossible à apprendre ! »), la mémorisation des kanjis n’est pas forcément difficile : il faut simplement adopter une bonne méthode et accepter d’y passer beaucoup, beaucoup de temps.

Classification des kanjis

Pour se repérer dans la jungle des kanjis, les Japonais ont recours à deux notions principales : les clés et le nombre de traits.

Les clés, bien pratiques pour s’y retrouver

Malgré leur grande diversité, les kanjis sont composés d’éléments qui reviennent régulièrement : on considère ainsi qu’environ 200 radicaux servent à construire l’immensité des kanjis. Pour vous donner un élément de comparaison, le chinois possède une liste officielle de 214 radicaux.

On peut donc considérer chaque kanji comme une structure contenue dans un carré et composée d’un ou plusieurs radicaux. Par exemple, on a le radical 女, qui a généralement le sens de femme et qui peut constituer à lui seul le kanji 女 (femme).
Associé à d’autres éléments, il peut par exemple donner 妹 (petite sœur), 好 (aimer) ou encore 安 (paix / bon marché).

Notez cependant que certains radicaux peuvent changer d’apparence en fonction de leur position dans le kanji. Ainsi, le radical 心 (cœur) aura un aspect écrasé dans 意 (idée). Il prendra également la forme 忄à gauche, comme dans 慢 (fierté), ou plus rarement, ⺗ en bas, comme dans 恭 (respect).

En considérant les kanjis comme des combinaisons d’éléments plus petits, il devient plus facile de les comprendre et de les mémoriser.

Le nombre de traits

C’est un autre élément de classification que vous verrez souvent revenir. L’écriture japonaise étant très codifiée, chaque kanji s’écrit en traçant un nombre déterminé de traits. Ainsi, les kanjis 木 (arbre) et 本 (livre) se différencient par leur nombre de traits : quatre pour le premier, cinq pour le second.

Les lectures des kanjis

Les lectures (読, yomi) représentent un autre casse-tête pour les apprenants du japonais. Chaque kanji possède plusieurs lectures, qui correspondent à autant de prononciations différentes.

On l’a vu dans la première partie du dossier, les Japonais ont très tôt utilisé les caractères chinois pour noter leurs propres mots. Ils ont également emprunté une partie non négligeable du vocabulaire chinois (et coréen, lui aussi influencé par le chinois) et l’ont adapté à leur propre sauce.
En résulte une situation hybride, avec des kanjis servant autant à noter des mots purement japonais que des mots d’origine chinoise.

Sans rentrer dans des détails assommants, on peut distinguer deux prononciations des kanjis : les lectures kun et les lectures on.

Lecture kun (kun’yomi, 訓読み), dite purement japonaise

La lecture kun (ou lecture sémantique) correspond à la transcription d’anciens mots japonais grâce à l’écriture chinoise. Autrement dit, on a une prononciation préexistante et le kanji ne sert finalement qu’à noter le sens, d’où l’idée de « lecture sémantique ».
Par exemple, une lecture kun du kanji 水 (eau) est mizu, mot dérivé du japonais archaïque.

Astuce : les kanjis écrits seuls (et non associés pour former un mot) sont généralement prononcés en lecture kun. Lorsque le kanji 京 est utilisé seul pour dire « la capitale », il sera prononcé みやこ (miyako), soit en lecture kun.

Lecture on (on’yomi, 音読み), dite sino-japonaise

La lecture on (ou lecture sonore) correspond à la valeur phonétique qu’avait le caractère chinois au moment de son intégration dans la langue japonaise. Si vous connaissez le chinois, vous retrouverez avec plaisir des racines déjà connues. Ainsi, le mot 電話 se lit denwa en japonais et diànhuà en mandarin. Bien sûr, le japonais a totalement laissé tomber l’aspect tonal du chinois.
Pour reprendre l’exemple vu ci-dessus, une lecture on du kanji 水 est sui et peut être rapprochée du mandarin shuǐ.

Astuce n°1 : les kanjis associés pour former un mot plus long sont généralement prononcés en lecture on. Lorsque notre kanji 京 est utilisé dans 東京 (Tōkyō, soit « capitale de l’est »), il se prononce kyō, donc en lecture on.

Astuce n°2 : lorsqu’une voyelle est longue, il y a de fortes chances pour qu’il s’agisse d’un mot d’emprunt chinois. La lecture est donc presque toujours on. En japonais, les voyelles longues sont un résidu du système tonal utilisé dans les mots d’origine chinoise.

Normes d’écriture des lectures

En français, les lectures kun sont notées en minuscules et les lectures on en majuscules. En japonais, les lectures kun sont notées en hiraganas et les lectures on en katakanas. Par exemple, pour 水 : mizu, SUI / みず, スイ.

Faut-il apprendre par cœur les lectures ?

On touche ici à un sujet particulièrement sensible. Là où certaines méthodes d’enseignement font systématiquement apprendre les kanjis avec les lectures, je trouve que c’est généralement une perte de temps, du moins tant qu’on n’a pas atteint un niveau avancé.

Certains kanjis très courants possèdent de nombreuses lectures, correspondant pour la plupart à différentes dates d’entrée du mot dans le vocabulaire japonais. Non seulement le japonais a beaucoup évolué au cours de son histoire, mais il a aussi emprunté des mots dans plusieurs régions de Chine et à plusieurs époques différentes ! On se retrouve donc avec des lectures go-on, kan-on, tō-on et kan’yō-on, des ateji… Bon courage pour tout retenir sans point de référence !

Au risque de me faire sabrer au katana par les puristes, il me semble plus efficace d’apprendre à tracer et reconnaître les kanjis. Vous les retrouverez dans des mots et pourrez alors déduire leurs lectures.
Personnellement, je n’ai pas eu besoin d’apprendre par cœur les lectures d’un kanji comme 月 pour reconnaître la lecture kun つき dans le mot 月 (tsuki, « lune, mois ») ou la lecture on ガツ dans 一月 (ichigatsu, « janvier »).

Conclusion sur l’apprentissage de l’alphabet japonais et des kanjis

On l’a vu, les romajis (alphabet japonais) ne devraient pas vous poser problème. Pour apprendre les kanjis, inutile de vous précipiter, comme pour apprendre le japonais en fait : c’est un travail sur le long terme, il vous faudra plusieurs mois pour acquérir les bases de l’écriture. Si les kanas sont un prérequis d’une étude sérieuse du japonais, ce n’est pas le cas des kanjis : si vous essayez de les apprendre avant de former votre première phrase en japonais, vous mettez la charrue avant les bœufs !

Apprenez les kanjis petit à petit, à raison d’un par jour minimum, utilisez la répétition espacée et des méthodes fonctionnant par associations d’idées, comme Remembering the kanji de James Heisig ou son adaptation française, Les kanjis dans la tête d’Yves Maniette. 頑張って!

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