Pourquoi l’âge n’est pas un frein à l’apprentissage d’une langue ?

A l’idée d’apprendre une nouvelle langue, on entend souvent « je suis trop vieux pour commencer, c’est trop tard ». Sérieusement ? Y’a-t-il vraiment un âge à partir duquel nous ne sommes plus capables d’apprendre une nouvelle langue ? ou n’est-ce pas juste une excuse pour ne pas se lancer ? D’ailleurs, comment peut-on savoir si nous sommes encore jeunes ou déjà trop « vieux » pour apprendre une langue…

L’idée de cet article n’est pas de définir à partir de quel âge nous sommes vieux (car, selon moi, nous restons toujours de grands enfants…) mais plutôt de démontrer pourquoi l’âge n’est pas un frein à l’apprentissage d’une langue et, ce, de manière scientifique. Oui, messieurs-dames. Des études ont démontré que même les personnes âgées étaient capables d’apprendre une nouvelle langue. Aussi bien que les jeunes d’ailleurs, et même plus vite parfois. 

 

Nous avons de nombreux avantages à apprendre une langue après avoir acquis une certaine maturité, par rapport aux enfants. La motivation, la gestuelle (aussi appelée communication verbale), la phonétique… Plusieurs de ces avantages ont d’ailleurs été regroupés dans cet article de Luca.
La maturité constitue en effet un atout de taille dans l’apprentissage d’une langue. Vous en doutez ? Alors, rendez-vous à la fin de l’article.

 

La neuroplasticité ou la jeunesse éternelle du cerveau

Cela fait plusieurs années déjà que nous nous sommes rendu compte que le cerveau humain n’était pas fixe. Il évoluait. Et il évolue constamment puisque nous apprenons constamment. C’est ce que l’on appelle la neuroplasticité ou plasticité neuronale. Terme scientifique qui décrit tous les mécanismes par lesquels notre cerveau se modifie et, ce, surtout lors de périodes d’apprentissage (on parle d’un processus de neurogenèse) ou face à de nouvelles expériences telles qu’un changement d’environnement ou encore une blessure. Notre cerveau ne s’arrête pas d’évoluer pour la simple et bonne raison que nous avons atteint un âge « critique ». Il évolue en même temps que nous évoluons, que nous apprenons. Cela a d’ailleurs été démontré en 2000, par Maguire et Al. Une étude a en effet été réalisée sur les IRM cérébraux de chauffeurs de taxi.

Petite explication : les chauffeurs de taxi londonniens doivent passer environ 2 ans à arpenter les rues de la ville pour obtenir leur permis. Des chercheurs ont voulu comprendre, voir, quelles traces laissait cette période d’apprentissage intensive sur le cerveau des taxis londonniens. Les IRM cérébraux de 16 chauffeurs de taxi montraient justement que leur hippocampe* était plus grand que celui de 50 autres hommes témoins, en bonne santé et non taxi. Autre chose : plus les chauffeurs étaient expérimentés, et plus leur hippocampe avait tendance à se développer. Autrement dit, cette période intensive d’apprentissage n’a fait que développer leur cerveau, quel que soit leur âge.

 

Notre cerveau continue à évoluer. Même avec l’âge. Il ne s’arrête pas juste parce que nous avons passé un âge critique. Tant que nous apprenons, notre cerveau évolue. Il n’a pas de limite alors pourquoi s’en donner en se disant que nous n’arriverons pas à apprendre puisque nous sommes trop vieux ?
Notre cerveau a prouvé qu’il n’est jamais trop vieux pour apprendre… Il n’y a pas d’âge pour apprendre une langue (comme de nombreuses autres choses d’ailleurs).

 

Et le cerveau des militaires interprètes ?

Une autre étude, réalisée sur des militaires interprètes a été réalisée en 2012, par un groupe de chercheurs dirigés par Johan Martensson. Cette étude visait à montrer l’influence de l’apprentissage d’une nouvelle langue sur notre cerveau. Pour ce faire, le volume de l’hippocampe (toujours l’hippocampe) a été mesuré avant et après trois mois de cours de langue intensifs. Résultat ?

L’étude a révélé que l’hippocampe évoluait proportionnellement au nombre de cours suivis. En gros : l’hippocampe sur les militaires qui avaient suivis les cours de langue intensifs était plus gros que celui de ceux qui n’avaient pas suivi de cours. Intéressant, non ?

 

Les compétences métacognitives, c’est juste une question d’habitude…

Autre idée, autre preuve qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre une langue.

Il a été démontré que les personnes âgées disposaient d’avantages cognitifs dans l’apprentissage d’une langue. Ce que l’on appelle, plus scientifiquement, les compétences métacognitives. En gros : les séniors peuvent s’appuyer sur leurs expériences d’apprentissage passées pour assimiler de nouvelles connaissances.

Une étude, dirigée par Mary Schleppegrell, réalisée en 1987* démontre qu’on ne connaît aucun déclin dans l’apprentissage d’une langue. Nos capacités ne déclinent à aucun moment, à aucun âge en particulier. Au contraire, il s’avère que les personnes âgées seraient plus à même d’apprendre une nouvelle langue que les personnes plus jeunes parce qu’elles disposent de ces compétences métacognitives. Autrement dit, parce qu’elles disposent d’un vécu qui les aide à assimiler cette nouvelle langue. Les jeunes étudiants apprennent sur le long terme, certes, mais les personnes âgées, elles, apprennent plus vite (Etude de 1979 par Krashen, Long et Scarcella). Pourquoi ?
Car elles sont habituées à communiquer. Elles ont plus l’habitude de communiquer, et sans doute aussi de voyager, de se débrouiller avec une langue étrangère, etc. L’expérience aidant !

 

 

Alors oui, les adultes disposent d’atouts, de techniques, d’un vécu et d’expériences qui leurs permettent d’apprendre plus vite une nouvelle langue. Grâce à leurs expériences passées, d’apprentissage ou encore de changement d’environnement, il est plus simple pour les personnes matures d’apprendre une nouvelle langue.

Petit plus : une dernière étude réalisée en 1978 (Walsh and Diller) a montré aussi que les personnes âgées seraient plus sensibles face aux techniques grammaticales et à la compréhension sémantique. Une sensibilité qui leur permettrait d’y attacher plus d’attention, de comprendre et d’apprendre plus vite.

 

Alors, doutez-vous encore de votre capacité à apprendre une nouvelle langue ?
Le seul frein peut-être à l’apprentissage d’une langue en étant plus âgé serait les problèmes de vue… Difficile pour certains de lire sur Internet ou encore sur un téléphone. Mais, car oui, il y a un MAIS : grâce aux smartphones, nous avons désormais la possibilité d’agrandir l’écran et de profiter d’une meilleure lisibilité ! Et avec MosaLingua Web, vous pouvez apprendre en utilisant l’écran bien plus grand et confortable de votre ordinateur… Alors, c’est tout : vous n’avez plus d’excuse.

 

*l’hippocampe, c’est la zone du cerveau qui joue un rôle sur la mémoire et la navigation spatiale.
*Etude « Eric Clearinghouse on language and linguistics Washington DC », 1987  

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Comments

  1. Merci pour cet article, que je vais aussi partager avec mes abonnés et mes clients. J’entends souvent cet « excuse », et je pense que c’est en plus une croyance auto-réalisant. Mais aussi un vrai « excuse » pour ne pas trop se donner du mal parfois. « À quoi ça sert de faire un effort, d’investir du temps et de l’énergie pour essayer de faire quelque chose dont nous sommes incapables car trop vieux ? » Il faut commencer à changer cet attitude (tout comme l’idée que les Français sont nuls en anglais car Français–n’importe quoi…) Merci donc pour l’article que je partage volontiers !

  2. Bonjour, alors que ça me rend content que ce soit possible d’apprendre une langue quand on n’est plus jeune, j’ai une question très brève pour vous: Est-ce qu’on aurait un meilleur accent si on commençait à apprendre une langue différent quand on était très jeune ? Parce que j’ai entendu que seulement les jeunes, les petits enfants, peuvent parler avec un accent presque parfait, mais les adultes ne peuvent pas prononcer les mots parfaitement en une autre langue. Est-ce que ça a raison ? Merci beaucoup en avance; votre site est très utile et intéressant !

    • Bonjour Vivienne,
      Il y a en effet beaucoup d’idées fausses sur l’apprentissage des langues et l’âge.
      Il y a par exemple Steve, un hyperpolyglotte d’un certain âge qui apprend régulièrement de nouvelles langues (il me semble qu’il parle plus de 15 langues), il est vraiment impressionnant. Il a une chaine YouTube si cela vous intéresse : https://www.youtube.com/user/lingosteve
      Pour l’accent, il est vrai que c’est beaucoup plus facile (et presque naturel) pour un enfant d’obtenir un accent parfait (en étant immergé dans le pays par exemple). Mais il y a énormément d’adultes qui ont réussi à avoir un accent parfait. Par contre cela demande beaucoup d’entrainement et de temps. Il faut vraiment être motivé.
      Amicalement,
      Samuel

  3. Vivienne,
    Comme dit Samuel, c’est en effet très difficile pour un adulte d’avoir un accent parfait car l’oreille change à la puberté et du coup, il ne capte plus (ou vraiment très, très difficilement) certains sons qui ne sont pas présent dans sa langue maternelle. Mais, après, sauf si on veut devenir espion ou pour se mettre un défi personnel, il n’y a pas besoin de viser un accent « natif », surtout si vous parlez anglais, une langue internationale qui se parle avec plein d’accents de partout dans le monde !

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