
À retenir :
- « Cheers » a trois sens : trinquer, dire merci et dire au revoir. Seul le premier figure dans les manuels.
- Au moment de lever son verre, « cheers » suffit : inutile de chercher une traduction plus riche de « santé ».
- Au Royaume-Uni, « cheers » remplace « thank you » dans la vie quotidienne, à l'oral comme à l'écrit.
- Aux États-Unis, « cheers » reste réservé au toast : l'employer pour remercier vous fera passer pour un Britannique.
- Le vrai piège n'est pas le sens mais la prononciation : on dit « tchieuz », jamais « chirz ».
« Cheers » : un mot, trois situations
La réponse courte tient en une phrase : cheers sert à trinquer, à remercier et à prendre congé. Les dictionnaires s’arrêtent presque tous au premier emploi, ce qui explique pourquoi tant de francophones se retrouvent perdus dès qu’ils entendent le mot ailleurs qu’autour d’une table.
Ces trois emplois ne se valent pas géographiquement et c’est là que tout se joue. Le toast est universel dans le monde anglophone. Le « merci » et le « au revoir » sont en revanche typiquement britanniques, irlandais, australiens et néo-zélandais. Un Américain qui vous dit cheers a presque toujours un verre à la main.
Un point de grammaire, vite réglé : cheers s’écrit toujours avec un s, ne prend jamais d’article et ne se met pas au singulier. On ne dit donc ni a cheers ni cheer tout seul au moment de lever son verre. C’est une interjection figée, au même titre que notre « santé ».
Trinquer en anglais : ce qu’on dit vraiment au moment de lever son verre
Au moment de lever son verre, cheers suffit. C’est le mot par défaut, il fonctionne à un mariage comme devant une bière du vendredi soir et personne n’attend de vous davantage. L’erreur classique du francophone consiste à chercher une traduction plus riche de « santé » alors que l’anglais a justement fait le choix de la formule la plus courte possible.
Le vocabulaire autour du geste mérite en revanche un détour, parce qu’il ne se devine pas. Trinquer se dit to clink glasses quand on parle du geste et to toast quand on parle de l’intention. Porter un toast, c’est to propose a toast ou to raise a glass to someone et le petit discours qui va avec s’appelle lui aussi a toast.
Les formules qui remplacent « cheers »
- Bottoms up! : littéralement « les fonds en l’air », l’équivalent de notre « cul sec », joyeux et un peu potache.
- Here’s to… : la formule à connaître pour dédier son verre à quelqu’un ou à quelque chose, comme dans Here’s to the happy couple!
- Down the hatch! : très imagé puisque hatch désigne l’écoutille d’un navire. À réserver aux petits verres et aux amis proches.
- Chin chin! : encore employé par certains Britanniques, mais daté et légèrement affecté. À comprendre plus qu’à dire.
- Sláinte! : le « santé » irlandais et écossais, en gaélique. Il se prononce à peu près « slan-tcheu ». Vous l’entendrez partout dans un pub à Dublin.
Par exemple : « Right, everyone got a drink? Here’s to Sarah and her new job. Cheers! » Un toast anglophone ordinaire tient en trois phrases, pas en trois minutes. C’est une différence de culture qui surprend souvent les francophones habitués aux discours de mariage.
Deux détails pour finir. Le regard dans les yeux au moment de trinquer, presque obligatoire en France, en Allemagne ou en Espagne, n’a rien d’un rituel au Royaume-Uni ni aux États-Unis : personne ne vous en voudra si vous regardez votre verre. Et cheers ne réclame aucun alcool, on trinque très bien avec un verre d’eau ou un jus de fruits.
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Le sens que les francophones n’apprennent jamais : « cheers » veut dire merci
C’est de très loin l’emploi le plus fréquent au Royaume-Uni. Dans la vie de tous les jours, cheers remplace thank you : quand on vous tient une porte, quand le caissier vous rend la monnaie, quand un collègue vous transmet un dossier. Le mot est court, décontracté et il évite la petite solennité que thank you traîne parfois derrière lui.
Il se construit volontiers avec for : cheers for the lift (merci pour le trajet), cheers for sorting that out (merci d’avoir réglé ça). Après for, on met un nom ou un verbe en -ing, jamais un infinitif. C’est une faute que les francophones commettent presque à tous les coups. Si vous voulez faire très britannique, ajoutez mate : cheers mate est probablement la formule de remerciement la plus entendue dans une rue de Manchester. Le mot « mate » est très régulièrement utilisé et signifie « copain » ou « pote », même si vous ne connaissez pas la personne à laquelle vous vous adressez.
Un mot sur le registre, parce qu’il compte ici plus qu’ailleurs. Cheers est familier sans être grossier. On le dit à un collègue, à un commerçant, à un voisin, à un ami. On l’évite pour remercier un recruteur à la fin d’un entretien ou pour ouvrir un courrier officiel, où thank you very much reste la bonne réponse.
Astuce : considérez cheers comme l’équivalent de notre « merci » lancé sans y penser et thank you comme celui de « je vous remercie ». Même contenu, deux étages de formalité. Dans le doute, la question à se poser n’est pas « est-ce poli ? » mais « est-ce que je tutoierais cette personne en français ? ».
Que répondre quand on vous dit « cheers » ?
Surtout pas you’re welcome, qui sonne beaucoup trop appuyé dans ce registre. Les réponses naturelles sont no worries, no problem, any time ou, très britannique, you’re all right. Vous pouvez aussi répondre… cheers. L’échange tourne alors à deux cheers qui se croisent et personne n’y voit rien d’étrange.
« Cheers » pour dire au revoir, y compris par écrit
Troisième vie du mot : la prise de congé. En sortant d’un magasin, en raccrochant, en quittant un groupe, un Britannique lâchera souvent un cheers qui vaut « allez, salut ». Il se combine d’ailleurs très bien avec les autres formules, ce qui donne cheers, see you Monday ou cheers, bye.
Vous croiserez aussi cheerio, un cousin plus ancien qui veut dire « au revoir » et rien d’autre. Il sent bon les années 1950 et s’emploie aujourd’hui avec une pointe d’ironie, un peu comme notre « portez-vous bien ».
Signer un e-mail par « Cheers » : oui, mais pas partout
C’est une formule de clôture parfaitement standard au Royaume-Uni, en Irlande et en Australie, entre collègues ou avec des interlocuteurs que vous connaissez déjà. Elle dit « cordialement » sans la raideur de Best regards.
Dans un contexte américain formel, en revanche, elle détonne : un recruteur new-yorkais y lira une familiarité, voire une coquetterie britannique. La règle est simple. Si vous écrivez à quelqu’un que vous n’avez jamais rencontré, restez sur Best regards ou Kind regards et gardez cheers pour le troisième message de la conversation, quand le ton s’est détendu.
Royaume-Uni, États-Unis, Australie : le même mot, trois usages
Le mot voyage mal et c’est précisément ce qui piège les francophones ayant appris l’anglais avec des séries américaines.
- Royaume-Uni et Irlande : les trois sens, avec une nette domination du « merci ». C’est le berceau de cet usage.
- Australie et Nouvelle-Zélande : encore plus présent qu’au Royaume-Uni, souvent accompagné de mate. Le mot fait partie du décor sonore, au même titre que no worries.
- États-Unis et Canada : essentiellement le toast. Un Américain comprendra les autres emplois sans jamais les produire et les trouvera typiquement britanniques.
Cette répartition ressemble à celle de beaucoup d’expressions familières et c’est une bonne raison de choisir votre camp plutôt que de mélanger les deux. Si vous travaillez avec des Britanniques, adoptez cheers franchement : les mots d’argot britannique varient énormément d’une région à l’autre et celui-ci est l’un des rares que tout le monde partage. Si votre anglais est tourné vers les États-Unis, gardez-le pour les verres. Quant à l’anglais australien, il pousse encore plus loin cette logique du mot court et chaleureux.
Mon conseil en tant qu’anglophone native : écoutez la réponse qu’on vous fait au lieu de chercher la bonne formule. Si vous dites thank you à un Britannique et qu’il vous répond cheers, il vient de vous indiquer le registre de la conversation. Alignez-vous sur lui au message suivant. C’est comme ça qu’on attrape l’usage réel d’un mot, beaucoup plus vite qu’en mémorisant une règle.
Le vrai piège n’est pas le sens, c’est la prononciation
Beaucoup de francophones disent « chirz », avec le ch de « chat ». Or le ch anglais de cheers est celui de « tchèque » : il commence par un t. Le mot se dit à peu près « tchieuz » au Royaume-Uni, /tʃɪəz/ en alphabet phonétique. Il se termine par un z bien sonore, jamais par un s sourd.
Deuxième différence, côté américain : le r s’entend. Là où un Britannique glisse vers « tchieuz » sans jamais prononcer le r, un Américain le fait sonner et donne plutôt « tchirz », /tʃɪrz/. Les deux sont corrects, ils appartiennent simplement à deux systèmes de prononciation différents. Choisissez celui vers lequel penche votre anglais et tenez-vous-y.
Trois mots de la même famille à ne pas confondre
- to cheer : encourager, acclamer. The crowd cheered signifie que la foule a applaudi, pas qu’elle a trinqué.
- to cheer someone up : remonter le moral de quelqu’un. Aucun rapport avec les verres.
- cheerful : joyeux, de bonne humeur, aussi bien pour une personne que pour une pièce ou une couleur.
Vous entendrez enfin three cheers for Anna! dans les moments de célébration : c’est l’invitation à pousser trois hip hip hooray en chœur. On y retrouve le sens premier du mot : il parle de bonne humeur partagée avant de parler de boisson.
Un mot qui vient du visage, pas du verre
Cheer descend de l’ancien français chiere. Ce mot désignait le visage puis la mine, l’air qu’on affiche. De « faire bonne figure » on est passé à « bonne humeur », puis à ce qu’on souhaite à quelqu’un en levant son verre. Le mot a donc toujours parlé de l’ambiance avant de parler de la boisson, ce qui explique qu’il ait pu glisser aussi facilement vers le remerciement et vers l’au revoir.
C’est aussi ce qui en fait un bon baromètre de familiarité. Un mot d’une syllabe qui sert à remercier, à trinquer et à saluer, voilà exactement le genre de mot que l’anglais adore : court, souple et entièrement dépendant du contexte. Apprendre à le placer revient à régler le curseur entre le poli et le décontracté, un réglage qui compte souvent davantage que le vocabulaire lui-même. Si le sujet vous intéresse, sachez que certaines expressions anglaises se retournent contre vous lorsqu’on les emploie au mauvais moment.
La prochaine fois qu’un Britannique vous lance un cheers sans le moindre verre en vue, vous saurez s’il vous remercie ou s’il vous dit au revoir. Et vous pourrez lui répondre pareil.



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